A la découverte de Brooklyn Machine Works

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A la découverte de Brooklyn Machine Works Notre envoyé spécial particulier, Vincent Daguenet Nezan, s’est rendu à New York pour visiter une entreprise hors normes : BMW. Nous allons plonger dans l’artisanat d’une marque aussi hardcore qu’innovante. La grande classe à l’américaine !

Brooklyn, banlieue New Yorkaise et melting-pot par excellence, est devenue cité dortoirs de nombreux américains qui travaillent au cœur de la « Grande Pomme ». Il reste quelques empreintes historiques sur les bords de l’East River, d’une activité industrielle très forte qui caractérise l’ambiance de ces quartiers.

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Brooklyn est une banlieue qui s’est développée grâce aux chantiers navals situés sur les bords de l’East River, et lors de la construction du Brooklyn Bridge. De nombreux forgerons, soudeurs et autres artisans de l’époque sont venus s’installer ici pour participer à cet engouement industriel. C’est aussi dans cette zone que l’on trouve les ateliers de Brooklyn Machine Works. De l’artisanat brut et solide, assaisonné d’une pointe New-Age. C’est dans cet atelier que naissent les engins les plus fous et les plus aboutis. Leur atelier et leurs vélos sont à l’image du terrain de jeu qui les entoure.

Pour me rendre dans l’antre de BMW (Brooklyn Machine Works), je m’assois dans un métro new-yorkais qui est inscrit dans le paysage urbain. Notre métro parisien n’a pas à rougir devant ce serpent d’acier ; bruyant, brut et rapide. Arrivé à la station Lorimer Street et après avoir marché quatre « blocs », j’arrive devant une façade bleue, seule caractéristique qui la différencie des autres environnantes.

Il n’y a aucun panneau d’affichage ni d’autre signe extérieur, si ce n’est un sticker Brooklyn Machine sur la porte. Un petit mot indique que la sonnette est hors-service et qu’il faut frapper fort, aussi je m’exécute. Luke, l’homme du service marketing m’accueille et me présente à tous les membres réunis. Austin Horse, Texan, Messenger NYC fou, qui revient juste du Japon ou il a concouru avec son trackbike (nombreuses victoires à son actif), un membre de BMW freerider-freestyler en trackbike (un fixie quoi…) répare une vieille mobylette.

Leur atelier est là, dans 200 m2 d’un semi bazar monstre ! On se croirait dans le labo d’un savant fou avec des inventions dans chaque recoin : un bike de plus de 5 mètres de long, accroché au plafond, prêt pour la montée impossible ; un mini DH pour Wes, le fils de Joe, le créateur de BMW ; les premiers modèles de la marque et bien plus encore… Le long d’un mur se trouvent des tubes d’acier 4130 et barres d’aluminium afin de nourrir la machine CNC.

Luke me montre ensuite les marbres qu’ils ont réalisés eux-mêmes sur CNC, avec des tubes attendant de prendre vie. Il plaisante en me montrant le sol complètement irrégulier, mais m’assurant que les marbres eux sont totalement réguliers ! Seth, leur soudeur expert est absent aujourd’hui. Il me confie aussi que chaque membre de l’équipe est capable de souder ou d’utiliser la machine CNC afin de se compléter et d’assurer la production si l’un ou l’autre était absent. Pour terminer le tour du propriétaire, me voici dans le petit jardin derrière l’atelier ou le barbecue fume encore… arrivé plus tôt j’aurai pu goûter au BMW burger !

Pour réaliser quelques photos je mets à contribution les membres de BMW. Ils font les timides, après cinq minutes de roulage grand-mère c’est parti pour une petite démo de freestyle trackbike ! C’est tout simplement hallucinant, la manière dont ils gèrent le spad, entre bar spin (avec un cintre de 500mm…), 180° et dérapage (pas le dérapage que vous faisiez lorsque vous étiez gamin, mais le dérapage en pignon fixe et sans frein !). La solidité semble incroyable puisque le « Gansta » ne bronche pas. Austin m’avoue avoir quand même réussi à détruire un moyeu Hadley… !

Des vrais dingues !

Un 4x4 se gare en double file. C’est Joe, le boss de BMW qui revient de chez leur sous-traitant en peinture, un peu plus haut sur Brooklyn.

Le big bosse ne rechigne pas à la tâche !

À peine déchargé, la petite équipe se met en effervescence pour nettoyer les filetages des différentiels cadres des résidus de peintures, pour ensuite les monter et les expédier le plus rapidement. Pendant ce temps, Joe me consacre du temps pour revenir sur les débuts de l’aventure Brooklyn Machine Works.

Joe est un passionné de toujours, mais il était en premier lieu un « Iron worker » qui réalisait de tout : Des têtes de lit, des portails, portes et tout autre objet de la sorte. Il a une vraie âme de créateur en lui, et, dans son atelier, on retrouve certains produits sortis tout droit de son imagination, comme une machine à milk-shake devenu lampe, un pylône électrique devenu support de TV, une chaise artisanale et j’en passe. En 1994, il rêvait devant un American Steeplejack (disparu depuis), aux allures de bmx avec roues de 26 pouces, qu’il ne pouvait pas s’offrir. Il se dit alors : « Mais j’ai tout ce qu’il me faut sous la main pour me créer mon propre Steeplejack ! ». Il lui faudra huit jours pour souder son premier cadre ! Il me montre ensuite avec quoi il a commencé BMW : Des étriers de freins parallèles avec un arceau rigidifiant. Il me confie en souriant qu’à l’époque, tout le monde les prenait pour des fous avec ces nouveaux types de freins, pour les voir acclamer Shimano avec les mêmes types de freins sous l’appellation V-brakes.

Il continue en me présentant les reliques de l’atelier et il me montre le premier DH qui ressemble plus à une MotoCross qu’à un DH qu’on peut rencontrer de nos jours. « Pas loin de 25kg, mais tu pouvais tirer tout droit sans souci dans les parties les plus cassantes » me raconte Joe les yeux pleins de fierté. On retrouve sur ce VTT, les mêmes caractéristiques que sur les nouveaux : Un étrier flottant pour contrer le « brake jacking », une ligne de chaîne spécifique et un système de suspension qui lui est propre.

Les DH BMW sortent toujours du lot

J’en viens à lui demander qu’il me parle du processus de fabrication de leur bike. Il m’explique qu’il réalise lui-même le design des cadres, suivant ses envies. Il réfléchit à ce qui lui manque et lors de ses déplacements en avion, il en profite pour coucher sur papier et ordinateur ses idées. Ainsi, il a déjà en tête un tout suspendu de 4 inches de débattement. Il poursuit avec la provenance de ses matières premières. Les barres d’aluminium proviennent du Tennessee et les tubes d’acier 4130 de Pennsylvanie, chez un producteur qui fournit de nombreuses industries comme le NASCAR, d’autres fabricants de vélo ou encore de Go kart. Ensuite les tubes sont envoyés directement depuis la Pennsylvanie en Alabama pour subir le découpage laser.

Le street maison : AKA Big Ben

Il me révèle que, dans leur atelier, ils font un peu de découpage par eux-mêmes, mais seulement pour les tubes les plus simples car cela demande de la précision et du temps, qu’il préfère consacrer à souder. Souder qui est donc l’étape suivante entièrement réalisé dans leur atelier par les membres de BMW. La qualité est exceptionnelle et parmi les meilleures que j’ai pu voir. Pendant que certains soudent, d’autres jouent avec la machine CNC pour détailler les biellettes, embout de cintre ou bien une potence avec un AK-47 en guise de logo ! Aucune barrière chez BMW, la créativité, la technicité et leurs envies se mélangent sans retenues. Tout cela part ensuite à la peinture, faite avec une technique dite powdercoat (sorte de peinture électrostatique). Pour les teintes, il n’y a presque pas de limites. Joe peut proposer des couleurs custom, mais il m’explique qu’il essaie d’imposer des couleurs standards pour les cadres, car, pour chaque custom, il doit faire peindre au minimum dix cadres. Au retour des cadres le processus se poursuit avec l’assemblage, le contrôle et l’expédition. J’apprends que le gros de leur production se répartit également entre les USA, le Royaume-Uni et le Japon.

La boucle est bouclée. Je lui exprime ma surprise quant à voir des cadres complètement « handmade in USA » par les temps qui courent. Joe en est fier et il me répond que « Tant que c’est possible il continuera à procéder de la sorte. Cela fait partie du succès et de la réussite de Brooklyn Machine Works ». Pour lui, c’est le meilleur moyen de contrôler et ajuster facilement un cadre en fonction du retour des prototypes et des essais terrain. Et c’est aussi parce qu’il aime souder et créer et qu’il ne pourrait s’en passer. Il admet en revanche que si les ventes s’envolaient, il n’aurait pas d’autre choix que de sous-traiter, car la place dans son atelier viendrait à manquer, ainsi que le temps. D’ailleurs, lorsque je lui demande comment il voit BMW dans vingt ans, il me répond : « Avec plein d’ateliers identiques à BMW à travers le monde. Chacun aurait ses soudeurs locaux et formés par BMW, des matières premières locales si possible, et une adaptation des produits aux goûts locaux. Du home made à la sauce globalisation ! », s’exclame - t -il.

Il m’expose que le fait d’être situé a Brooklyn est un atout pour l’image de la marque, même si certain se demande comment une compagnie New Yorkaise fait pour produire les cadres de DH parmi les plus solides. Mais il y a pourtant à une heure de route (ce qui n’est rien pour un Américain) le plus grand bike Park de la cote Est. Le Diablo Freeride Park, de Mountain Creek, ou se déroule l’US Open de DH. Il me propose également de m’y amener y faire un tour pour admirer la qualité des pistes et pour bien évidemment tester leur bikes. Une offre à laquelle je ne pourrai pas résister !

L’enduro à la sauce BMW, du costaud hyper efficace

Ma visite touche à sa fin, mais toute l’équipe tiens à me montrer quelque chose : Une vidéo de la Megavalanche de l’Alpe d’Huez qu’ils ont réalisée. Ils avaient fait le déplacement en 2006 et ils avaient adoré. Ils n’ont qu’une hâte c’est d’y retourner. Surtout que maintenant ils ont un bike mieux adapté. La dernière fois, il l’avait fait avec le DH qui était idéal pour la partie haute de la course, ou il pouvait « Tirer tout droit » dixit Joe, et doubler tout le monde, mais pénalisant dans la partie basse avec les zones de pédalages usantes. Mais peu importent, le nouveau 6 inches est là, prêt à envoyer ! Il me raconte même une anecdote : ils avaient loué un chalet au pied de la ligne d’arrivée de la Mega. Ambiance génial pour eux avec boulangerie au coin, et surtout qu’un membre de BMW y a rencontré une demoiselle, avec qui il est marié aujourd’hui. BMW c’est une affaire de passionnés qui aiment la vie au naturel !

Notre entretien se termine, Joe, Luke, et les autres s’affairent à finir de peaufiner les cadres, et moi je me dirige vers le Metro à nouveau, songeant à l’une des plus belles visites et rencontres qu’il m’ait été offert.

+ d’infos : www.brooklynmachineworks.com

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