125 kilomètres Couronnement et objectif d’une saison, le Grand Raid reste, pour tout vététiste suisse, une pierre angulaire, presque un passage obligé, dans le parcours d’un cycliste à crampon. Pour les favoris : Tim Böhme, Gilles Delion, Alban Lakata, Robert Mennen, Thomas Dietsch, Alexandre Moos, Urs Huber, Sally Bigham, ils est aussi l’objectif de la saison, mais pas uniquement. Nouvellement cette année, il est une des étapes de la saison UCI de marathon. Après une édition 2010, quelque peu décriée, avec un parcours rallongé, retour cette année au parcours mythique. Seul changement : la première partie a été légèrement modifiée et la place d’arrivée à Grimentz quelque peu remaniée.
Début de course Sur la première montée, le rythme est encore retenu pour les meilleurs. Rapidement un groupe de six hommes se forment. A Hérémence, Karl Platt, Urs Huber, Alban Lakata, Konny Looser et Alexandre Moos ont perdu Marzio Deho qui se trouve à six minutes. Thomas Diestch n’est déjà plus dans la course pour la victoire. Il abandonnera, selon son coéquipier Platt, suite à des problèmes d’estomac. Pour la suite des poursuivants, de gros écarts sont a constater et beaucoup roulent seuls, au lieu de s’allier pour les relais. Moos et Platt font le tempo, ils lancent des attaques. Huber, lui, ’’se contente’’ de suivre, la course est longue. A Evolène, il est conscient qu’il doit tenter quelque chose. Il faut absolument qu’il arrive confortablement en tête en bas de la montée du Pas de Lona. Dans la station évolénarde, il se décide et crée un petit écart. Mais, pour espérer gagner il sait qu’il lui faudra plus d’avance sur ces poursuivants, surtout sur Alexandre, qui s’entraîne spécifiquement pour le portage. C’est quitte ou double « soit il part » et ça marche soit « c’est trop tôt ». Il confiera que pour gagner il « faut prendre des risques ». Ainsi, il augmente la cadence et son écart.
A ce niveau c’est la tête qui fait la différence Pour Karl et Alex, qui ont déjà beaucoup donné une autre bataille commence : mentale. Dans la descente sur Evolène, Platt subit une contre performance, rien ne va plus, « j’ai perdu 3 minutes ». Il dira plus tard qu’il a eu comme une absence, il avait mal au ventre, il n’était plus concentré, il est tombé deux fois. Puis finalement, il se reprend, retrouve un rythme, mais ce ne sera plus le même qu’avant. Alex lui aussi subit quelques problèmes de digestion, il régurgite, il essaye d’être fort mentalement et de se reconcentrer, puis retrouve des forces. Heureusement, il avait « de très bonnes jambes » ce jour là. A l’A Vieille, il espère encore, il dira : « Je me sentais bien, je pensais pouvoir revenir. Malheureusement, je n’ai pas eu mon jour de gloire dans le Pas de Lona, comme d’habitude, … mais tout pouvait encore arriver dans cette descente finale. J’espérais être au top sur le Pas de Lona. Je n’ai pas été mauvais mais je n’ai pas été excellent non plus, je ne suis pas arrivé à me transcender dans le finale. On s’est tous accroché mais on a vu qu’il y avait de forts concurrents, ça c’est joué à la fin avec 3 coureurs. »
Séquence émotion A Lona justement, votre narratrice, catapultée là y vit sa première expérience. Même si, à plusieurs occasions, j’avais pu voir des retransmissions ou entendre des gens en parler, je dois bien avouer que j’ai été saisie par l’émotion. Quelque chose de difficile à décrire se passe ce jour-là, à cet endroit là ! C’est certainement, le fait de vivre quelque chose de sincère : pas de ’’l’émotion de supermarché’’, ni de la soap TV. Juste des gens vrais, des Valaisans, avec leur tripes, leur franc parlé et leur accent coloré, qui encouragent chaque participant, par leur prénom. Des concurrents, qui vont au bout d’eux-mêmes, des encouragements qui comptent, de belles démonstrations d’entraide et la beauté du lieu… d’une simplicité déconcertante.
En haut du Pas, Huber passe le premier avec 5 minutes d’avance et le sourire, mais on voit qu’il est marqué. Puis finalement, c’est Platt qui arrive en deuxième suivi de Moos, qu’il a dépassé dans la montée. Tout deux semblent encore en bonne forme.
A l’arrivée Trente minutes d’émotion et me revoici fringante, catapultée à l’arrivée, pour attendre les premiers arrivants du grand parcours, marqués par l’effort…absurdité d’une situation ! Au final, le risque s’est avéré payant pour Huber, qui l’emporte avec plus de 4 minutes d’avance. 16’’ secondes séparent Moos de Platt. Alexandre Moos, sans regret : « On a fait une grosse descente, mais je ne voulais pas prendre tous les risques pour une deuxième place. Urs sans ennui mécanique avait la course gagnée. » De l’avis de tous Huber était le plus fort aujourd’hui, Moos « on l’a jamais revu ». Urs Huber s’est offert une belle victoire.
La première femme : le plaisir de courir Les trois premiers arrivés, la presse satisfaite d’avoir eu des propos à se mettre sous la dent, l’esplanade d’arrivée retrouve sa tranquillité. Une heure trente huit plus tard, la première femme est annoncée. Les médias s’agitent, on voit le maillot de la Championne d’Angleterre apparaître sous le chapiteau de la cantine. Une nuée de photographes et de caméramans entourent l’arrivée de Sally Bigham. Elle passe la ligne comme une fleur, impressionnante de sérénité. Elle nous raconte sa course, les paysages qu’elle a beaucoup aimé. « Je suis très surprise, je ne suis jamais venue ici avant. C’est très beau tout était tellement magnifique. ». Et de continuer « je ne cours normalement pas aussi longtemps, en durée. J’étais un peu incertaine, j’ai vraiment dû me modérer. Je devais m’assurer de boire et de manger en suffisance. Donc, j’ai bu et mangé constamment. J’ai juste essayé de trouver une très belle cadence et de ne pas me pousser trop, car je devais garder des forces pour la dernière longue montée et la section de portage. J’étais très solide durant toute la course. Je ne me suis jamais sentie en dette alimentaire ou trop fatiguée, je suis très heureuse. » Sally a fait sa course seule en tête parmi les hommes. Elle déclare « je n’étais jamais seule, il y avait tellement de gens. Les spectateurs vous soutiennent et vous encouragent beaucoup. C’est très agréable d’avoir votre nom sur votre plaque, car tout le monde vous connaît. C’est super d’entendre votre nom et de faire quelques sourires, les gens sont si amicaux. C’est génial que les gens en Suisse soutiennent vraiment le cyclisme. » Pour elle, l’objectif et la tactique étaient simples « rester devant » et « garder son corps en parfaite condition ». Une personnalité qui fait du bien, radieuse, avec une certaine fraîcheur d’esprit, pour un effort pareil. La joie de faire un effort en montagne irradiait son visage. Quel plaisir de rencontrer des sportifs de cette trempe ! Son joli geste aussi : elle a gardé les emballages vides de ses gels dans son short. La deuxième femme, Jane Nuessli, se situe à un peu plus de 11 minutes et la troisième, Elena Giacoumzzi, à plus d’une heure.
Grand Raid ’’addict’’ ? Je dois avouer, que moi qui ne suis pas forcément une fan de la première heure de cet événement, je me suis laissée quelque peu charmé par cette grande classique. La gentillesse des bénévoles, du personnel des secours (qui cette année a enregistré très peu de blessés) - et du personnel d’organisation y sont certainement pour quelque chose. De plus, finir sa journée par l’interview d’une personne comme Sally Bigham vous donne une énergie positive. On ne peut que respecter tous les nombreux sportifs qu’ils soient amateurs ou professionnels, qui se lancent dans un effort de cette longueur. Je n’ai plus qu’une chose à dire : cher organisation, à quand un parcours plus technique fait uniquement de sentier ? Telle une cerise sur le gâteau !
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Photos Matthias Dervey tous droits réservés, www.derveym.com
*ndla, ’’s’emmoder’’ : démarrer, autant une soirée qu’une machine... sources http://topio.ch/dico.php






















